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Descriptif

La Grande Cargaison


anna kupfer : chant, guitare
françoise rivalland : zarb, santour
arièle bonzon : photographie

Ingeborg Bachmann, philosophe et poète autrichienne, me semble aujourd’hui plus que jamais d’actualité.
Son œuvre me hante depuis mes années de jeunesse. Il me fallait revenir à cette poésie pour créer un répertoire qui interroge la question

Ingeborg Bachmann est née en Carinthie. Cette province autrichienne est limitrophe du territoire de la Slovénie et de l’Italie. Elles se dit slave. Elle entend dès son enfance parler au moins trois langues et se trouve à une heure de marche de l’Italie. C’est sans doute cette situation géographique particulière qui lui fait exprimer que, pour elle, la frontière n’est pas seulement quelque chose qui sépare mais aussi quelque chose qui rapproche.
En effet, le verbe allemand angrenzen exprime autant la séparation que la notion de toucher à. Et ce verbe peut s’appliquer aux pays comme aux êtres.
"L’autre conserve sa singularité mais n’est pas séparé de moi pour autant. Chaque instant je peux toucher à l’autre, je peux m’approcher mais il est quand même différent."
Dans cette idée l’opposition que l’on fait communément entre la séparation et la fusion est dépassée.


Je suis née dans "l’île" que fut Berlin avant la chute du mur. Ma projection vers un ailleurs est à vif depuis l’enfance et j’aspire à m’approcher de l’autre, à traverser les lignes qui séparent.
Il me fallait dire ces poèmes, les porter…
Et comment mieux leur donner un souffle qu’en leur offrant le chant ?
Les poèmes que j’ai choisis pour construire La Grande Cargaison sont écrits et chantés en langue allemande, ils respirent avec moi dans cette langue, et je les « ouvre » comme des boîtes à secrets au public.
Ma propre sensibilité, colorée par mes origines et le cours de ma vie, m’a conduite à y incruster, en un ouvrage indissociable, des éléments de textes en français qui invitent à une libre circulation d’une langue à l’autre.
Et je confie à la musique et à ma voix le plaisir de transmettre l’émotion des idées et des images au-delà de tout langage.


[**{Aria II}*]

(Ingeborg Bachmann, Anna Kupfer)


En écho à la perception aigüe que Bachmann avait des frontières et qui ont inscrit en elle la nostalgie des pays lointains, j’ai glissé entre les lignes quelques chansons d’ailleurs.
Elles lui répondent en d’autres langues,
celle d’Amália Rodrigues, de Cécilia Mereilles,
de Dimitra Manda ou Giovanna Marini…
La grande musicalité des textes m’a conduite, simplement et le plus humblement possible, à écouter ce que Ingeborg Bachmann avait écrit et à laisser naître, au fil des images, la musique que j’entendais.

"Le monde est vaste et les chemins de pays en pays,
et ceux des lieux en sont nombreux, je les ai tous connus"

C’est comme une invitation que j’entends ces mots de Bachmann.

AK